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01-06-2004

La révolution des oméga-3 : comment nourrir le cerveau émotionnel

D'après une conférence dans le cadre de L'Anti-aging world conference (Paris, 19 au 19 mars 2004). 
En général, les acides gras essentiels représentent approximativement 20 % de la masse du cerveau. Cela veut dire que 20 % de notre cerveau provient de substances que notre organisme ne peut pas fabriquer. Ces acides gras sont essentiels parce qu'ils doivent provenir de l'alimentation. Il en existe deux types, deux familles : oméga-3 et oméga-6. Les acides gras oméga-6 proviennent de légumes verts, de céréales et de la viande d'animaux nourris avec des céréales ; les oméga-3 sont abondants dans les légumes verts, les poissons des eaux froides et les fruits de mer, les graines de lin et de colza.
Les oméga-3 ont une place de plus en plus restreinte dans notre alimentation

À l'ère paléolithique, lorsque le cerveau de l'homo sapiens s'est développé, le rapport oméga-6/oméga-3 apportés par l'alimentation était à peu près de 1 à 1. Dans l'alimentation moderne occidentale, ce rapport tourne autour de 1/10 ou 1/20.


Cette évolution dans la consommation des acides gras oméga-3 et oméga-6, qui fait que les oméga-3 ont presque disparu de la chaîne alimentaire humaine, que les oméga-6 y sont maintenant représentés de manière très prépondérante, amène à des distorsions qui se reflètent directement dans tout notre corps et, aussi, naturellement, dans notre cerveau puisqu'il est constitué à 20 % de ces acides gras essentiels qui nous viennent uniquement de notre nourriture.
Ceci a des conséquences importantes. Pourquoi ? Parce qu'il faut comprendre qu'à l'intérieur de l'organisme, la famille des acides gras oméga-6 et la famille des acides gras oméga-3 sont des têtes de file de chaînes de réactions biochimiques qui mènent à des substances que l'on appelle les eicosanoïdes. Ce sont les cytokines, les leucotriènes, les thromboxanes, les prostaglandines,…

Tout est question d'équilibre

Ces deux familles, selon que les eicosanoïdes viennent des oméga-3 ou des oméga-6, ont des rôles très différents dans l'organisme. Aujourd'hui, on les appelle les bons et les mauvais eicosanoïdes. Les mauvais eicosanoïdes étant ceux qui viennent des oméga-6 et les bons venant des oméga-3. Ces mots bons ou mauvais n'ont en réalité pas de sens. Ils sont tous importants. Mais, au départ, au cours de l'évolution, lorsque notre organisme s'est constitué, ils étaient en équilibre.

Les eicosanoïdes qui viennent des oméga-6 sont responsables de réactions d'inflammation, de douleurs diffuses, de fièvres, de fatigues. Les réactions d'inflammation sont importantes, elles sont nécessaires à la limitation des bactéries, des virus, à la constitution des cicatrices,…
En face, à partir de la famille des oméga-3, vient toute une série d'autres eicosanoïdes qui eux, au contraire, ont des propriétés anti-inflammatoires, antiagrégation plaquettaire qui, donc, réduisent les phénomènes de constriction vasculaire et d'inflammation. Ils augmentent le flux sanguin.

Normalement, ces deux chemins biochimiques sont en équilibre et lorsqu'ils sont en équilibre, il n'y a pas de problèmes. Parce que l'inflammation peut être nécessaire, l'agrégation plaquettaire a un rôle important à jouer bien sûr, la réduction de la circulation vasculaire peut aussi avoir un rôle important à jouer dans certaines circonstances.

Là où le problème commence, c'est lorsque l'on entre dans cet état où les oméga-6 et les oméga-3 ne sont plus en équilibre. Et, tout d'un coup, on se retrouve avec, d'un côté, un cheminement biochimique complètement hypertrophié alors que celui des bons eicosanoïdes qui viennent de la famille oméga-3 se trouve, lui, atrophié.

C'est cet état de déséquilibre qui est responsable de réactions d'inflammation excessives. Or, on sait aujourd'hui que les réactions d'inflammation excessives qui, en plus, s'accompagnent de réductions de circulation sanguine, sont une des causes principales des cinq plus grandes causes de mortalité et morbidité en Occident que sont les maladies cardiovasculaires - on sait que c'est l'inflammation qui est responsable des décrochements des plaques de cholestérol et donc de l'infarctus -, des cancers qui ont besoin d'un contexte inflammatoire pour métastaser, de la maladie d'Alzheimer qui se développe, en particulier, dans un contexte inflammatoire, de l'arthrite, une maladie inflammatoire par excellence. Maintenant on est en train de comprendre les mécanismes sous-jacents à la dépression. Comme on le voit, les eicosanoïdes venant des oméga-6 sont responsables des réactions comme la fatigue, des douleurs diffuses, que l'on retrouve fréquemment associées aux états dépressifs.

Consommation de poisson et taux de dépression

Voilà ce que l'on constate dans le domaine de la dépression. Une des premières études qui a frappé les imaginations a été publiée dans The Lancet. Elle faisait cette constatation assez simple qui est que lorsque l'on regarde la consommation de poisson dans une population donnée, en terme de nombre de livres de poisson par personne et par an, et les taux de dépression qui varient de 1 à 40 entre les différentes populations du globe, on observe une corrélation absolument incroyable puisqu'elle est de 0,84.
Cela veut dire que la consommation de poisson pourrait expliquer 70 % de la variabilité dans les taux de dépression entre les différents pays du globe. Souvent, même, entre différentes populations.

On pourrait imaginer d'autres explications comme, par exemple, le fait que les Japonais ont peut-être moins tendance à parler de leurs symptômes de dépression. Mais, dans ce type d'études, on ne pose pas de questions très subjectives. On pose des questions sur l'état physique, sur l'appétit, sur le sommeil, sur l'énergie. On ne demande pas s'ils sont tristes ou s'ils ont une perte d'estime de soi. Ce sont des symptômes très physiques qui ont servi de base à ces études.

Il existe aussi des études à l'intérieur même des populations. Par exemple, une étude, à l'intérieur de la population finlandaise, retrouve la même relation.
À l'intérieur de la population finlandaise, plus les habitants ont une consommation élevée de poissons, moins ils ont de dépression. Dans les villes côtières, les taux de dépression sont bien inférieurs à ceux des villes du centre du pays où la consommation de poisson est beaucoup plus faible. On trouve le même type de relations à l'intérieur même du Japon. Il ne s'agit donc pas simplement d'un artefact lié à un biais de réponse dans les enquêtes épidémiologiques.

Oméga-3 et symptômes dépressifs

Et puis, lorsque l'on regarde des patients déprimés et que l'on mesure les taux circulants d'oméga-3 dans les plaquettes, dans les érythrocytes, on constate, dans quatre études différentes, que les patients souffrant de symptômes dépressifs majeurs ont des taux d'oméga-3 inférieurs aux témoins. Non seulement cela, mais à l'intérieur d'un groupe de patients souffrant de dépression, la sévérité des symptômes dépressifs est inversement proportionnelle au taux d'oméga-3 dans les érythrocytes. C'est-à-dire que moins un patient dépressif a d'oméga-3, plus ses symptômes dépressifs sont sévères.

Tout cela ne serait pas bien concluant si on ne disposait pas aussi d'études cliniques randomisées qui permettent de comparer l'effet sur les symptômes dépressifs de la supplémentation, artificielle d'une certaine manière, par des concentrés d'acides gras de poissons très riches en oméga-3 comparés à un placebo (généralement fait à partir d'huile d'olive ou de tournesol). Cinq études différentes constatent une nette amélioration des symptômes dépressifs chez des patients qui prennent des suppléments alimentaires à base d'oméga-3 par rapport à ceux à qui l'on donne un placebo. Ces cinq études ont été publiées dans des journaux aussi prestigieux que The Archive of General Psychiatry, probablement le journal le plus prestigieux en psychiatrie, ou l'American Journal of Psychiatry. Quatre des cinq études viennent de la faculté de médecine de Harvard.

Dans deux de ces études, il s'agissait de suppléments alimentaires qui étaient additionnés au dernier antidépresseur que les patients prenaient et auquel ils avaient résisté jusque-là. Les chercheurs ont constaté qu'au bout de deux semaines dans l'une et trois semaines dans l'autre, 50 % des patients avaient commencé à répondre à leur antidépresseur pour ceux qui prenaient des oméga-3. Cela ne se produisait pas pour ceux qui prenaient un placebo. Dans l'une de ces études, il s'agissait de patients bipolaires. Là, les résultats étaient tellement concluants qu'ils ont dû arrêter l'étude avant son terme. Il n'aurait, en effet, pas été éthique de continuer une étude avec une branche placebo dans la mesure où les résultats étaient aussi spectaculaires pour les patients prenant des oméga-3.Une autre étude portait sur des patients avec des troubles de personnalité border-line qui, comme on le sait bien, en psychiatrie, souffrent fréquemment de symptômes dépressifs. Dans cette étude, en particulier, les oméga-3 étaient donnés seuls et n'étaient pas accompagnés d'un anti-dépresseur. On a constaté, là aussi, une réduction marquée des symptômes dépressifs dans le groupe prenant des oméga-3 et pas dans le groupe sous placebo.
L'échelle de dépression de Beck a permis de voir, au bout de quatre semaines et huit semaines, la différence entre l'administration d'un supplément alimentaire très riche en EPA, un des oméga-3. On constate, au bout de quatre semaines, une différence très nette dans l'échelle de dépression de Beck entre l'EPA et le placebo. Cette différence s'approfondit encore au bout de huit semaines.

Une étude, dont je n'ai pas parlé jusqu'à présent, qui a regardé l'administration de DHA seul, l'autre acide gras oméga-3 en provenance du poisson, ne constate pas de différence statistiquement significative au bout de six semaines dans la dépression. Il semble donc qu'il faille effectivement donner des suppléments alimentaires à base, en particulier, d'EPA avec un faible taux de DHA plutôt que du DHA pur qui ne semble pas être efficace. C'est important parce que la plupart des suppléments alimentaires à base d'acides gras de poisson que l'on trouve dans le commerce sont à peu près équilibrés 1 à 1 ou 1,5 à 1 en EPA et DHA alors qu'il semble que les plus efficaces devraient avoir une concentration d'EPA à peu près sept fois supérieure à celle de DHA.

Ces études sont-elles probantes ?

La question qui se pose est de savoir si des études de cette taille, puisqu'elles sont toutes relativement limitées - il s'agit dans certaines études de 30 patients -, peuvent effectivement nous amener à porter une conclusion sur l'utilisation ou l'utilité des acides gras oméga-3 contre les syndromes dépressifs.

La réponse à une telle question serait plutôt non. Il s'agit d'études de petite taille. Il serait nécessaire d'avoir des études de beaucoup plus grande taille concernant des centaines voire des milliers de patients comme on en dispose pour les antidépresseurs classiques.

Mais il faut mettre cette réponse dans son contexte. On ne peut pas breveter les acides gras oméga-3 parce qu'il s'agit d'un produit naturel. Dans la mesure où cela ne peut pas être breveté, il n'y aura probablement jamais d'intérêt économique de taille suffisante pour justifier la mise en place de grandes études pour regarder l'effet des oméga-3 dans la dépression. On peut espérer que certaines institutions gouvernementales, comme le Centre national pour l'étude des médecines alternatives et complémentaires aux États-Unis qui dispose de 115 millions de dollars par an pour étudier les interventions naturelles dans les différents types de maladies, y compris la dépression, lance une telle étude de grande taille. Mais il faut bien voir qu'en l'absence de brevet, il n'y a pas de moteur économique pour pousser au développement de ces études. C'est le facteur à mettre dans le contexte.

Il est remarquable, à mon sens, que malgré cela il y ait déjà cinq études de très bonne qualité dans la meilleure littérature psychiatrique qui convergent pour refléter le fait que les oméga-3 seraient nettement plus efficaces que le placebo.

Dans chacune de ces études, il s'agit d'effets remarquablement significatifs statistiquement malgré la petite taille. Donc, c'est le premier élément.

Un deuxième élément qui sert le contexte est qu'il ne s'agit pas d'études randomisées en l'absence d'informations sur les mécanismes biochimiques. On comprend assez bien les mécanismes biochimiques à travers lesquels les oméga-3 peuvent avoir un impact marqué sur le fonctionnement du cerveau et de l'humeur.

On a des études, chez l'animal, qui montrent qu'en présence d'oméga-3, la synthèse et la libération de sérotonine et de dopamine dans le cerveau sont bien supérieures qu'en leur absence. Ce qui pourrait être une explication.

On a aussi des études chez l'animal montrant que, lorsque leur régime est beaucoup plus riche en oméga-3, les animaux réagissent beaucoup mieux en circonstances de stress, en gardant leur capacité à résoudre les problèmes lorsqu'ils sont soumis à des situations difficiles et de pression de temps.

Comme je l'ai montré, il y a des études épidémiologiques qui confirment une relation entre oméga-3 dans l'alimentation et les taux de dépression. Il existe aussi des études biochimiques montrant la relation entre oméga-3 circulant et la sévérité des symptômes. C'est dans ce contexte qu'il me semble que cinq études cliniques randomisées peuvent nous permettre de suggérer fortement qu'il peut être utile d'utiliser les acides gras oméga-3 contre la dépression.

Un dernier facteur : s'il s'agissait d'un médicament avec des effets secondaires, je pense qu'il serait certainement important et même nécessaire d'avoir des informations supplémentaires avant de se permettre de recommander une substance de ce type à ses patients.
Mais il se trouve qu'en l'occurrence, on connaît la plupart des effets secondaires des oméga-3. Je passe rapidement sur les effets secondaires négatifs comme un arrière-goût de poisson que l'on retrouve parfois. Il peut se produire un amollissement des selles, ce qui chez la plupart des patients est généralement plus bon que mauvais puisque cela facilite le transit intestinal. Il y a l'effet sur l'agrégation plaquettaire qui est validée in vitro. On n'a jamais eu de problèmes de saignement dans les études qui sont publiées. On connaît très bien les effets des oméga-3 sur la prévention des maladies cardiovasculaires et leur effet favorable sur les troubles articulaires, et ainsi de suite. Dans ce contexte, le risque est extrêmement faible et les bénéfices considérables. Il me semble qu'il est légitime, à partir des données scientifiques qui sont à notre disposition, de recommander à nos patients souffrant de dépression ces substances, sans en attendre de miracle, naturellement, et en sachant que chez 50 à 70 % des patients on observera une réponse avec réduction des symptômes de dépression.


- Connor W. Importance of n-3 fatty acids in health and disease. Am J Clin Nutr. 74(1): 171S-175S (2000)
- Leaf A. Cardiovascular effects of fish oils: beyond the platelet. Circulation, 82; 524-628 (1990)
- Stoll et al. Omega-3 fatty acids in bipolar disorder : a preliminary double-blind, placebo-controlled trial. Arch Gen Psychiatry, 56(5) : 407-412 (1999)
- Nemets B. et al. Addition of omega-3 fatty acid to maintenance medication treatment for recurrent unipolar depressive disorder. Am J Psychiatry; 159(3): 477-9 (2002)
- Peet M. et al. A dose-ranging study on the effects of ethyl-eicosapentaenoate in patients with ongoing depression despite apparently adequate treatment with standard drugs. Arch Gen Psychiatry 59(10):913-9 (2002)
- Marangell L.B. et al. A double-blind, placebo-controlled study of the omega-3 fatty acid docohexaenoic acid in treatment of major depression. Am J Psychiatry: 160(5):996-8 (2003)
SERVAN SCHREIBER David (Dr)
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